Nous sommes arrivés à Casablanca le 14 mai en fin d’après-midi ... Aéroport Mohamed V. C’est ma première fois ici mais le groupe était déjà venu au Maroc auparavant mais sans moi. C’est toujours un grand plaisir de fouler le sol africain. Je me dis que ce serait vraiment une grande chose si on débarquait ainsi à Dakar... Mais bon pour le moment c’est Casa et L’Boulevard Festival qui nous accueillent.
On est tous dans le rang pour passer la police des frontières marocaines, tous pressés d’aller s’en griller une après l’avion ou tout simplement voir à quoi ça ressemble dehors. Manque de pot, personne d’entre nous n’a remplis le petit papier à donner à la police à l’arrivée. Résultat, le petit fonctionnaire moustachu qui nous fait face nous demande tous de sortir du rang et d’aller accomplir cette formalité. Une fois fait, nous évitons soigneusement de repasser par lui pour pénétrer dans le royaume chérifien.
Dehors, nous cherchons à voir si quelqu’un nous attend...rien. Alors ça fume des clopes en patientant quand un mec vient vers nous et demande en anglais avec l’accent ricain « are you le People de l’herbe ? » « Yes man c’est nous ». Il se présente « Youssef » c’est notre guide envoyé par le festival.
Youssef c’est trois phrases en anglais pour une phrase en français, même son arabe est truffé d’anglais. J’apprendrai plus tard qu’il a déjà vécu un certain temps aux USA. Mais bon on ne va pas raconter sa vie ici. Mais il aura égayé notre séjour ainsi que l’ont fait d’ailleurs les gens qui nous ont accueillis à Casa : Momo, Amine, Hamza, Ludo et l’équipe de Garorock, mon vieux pote du label ID, Doumé et tous ceux dont j’ai bouffé le nom.
Nous embarquons dans le minibus direction le centre ville. Le festival a lieu dans le stade du COC en plein centre ville.
Nous passons devant pour aller à l’hôtel qui lui se trouve presque dans la médina et face au port de pêche.
Nous allons déposer nos affaires d’abord puis descendre sur le site du festoche histoire de voir les Chinese Man qui joue ce soir. Seulement à l’hôtel, il y a une chambre qui n’a pas encore été libérée et donc il est décidé que Sergio et moi iront dormir chez Youssef pour cette nuit.
Après une petite halte chez Youssef, nous fonçons direction le stade pour arriver un peu avant la fin du concert des chinois-marseillais. L’ambiance est bien, surprenante pour qui n’a jamais mis les pieds au boulevard. Sur la terrasse du tennis-club, qui a certainement vu passer les meilleurs marocains au jeu de raquette, des gens sont attablés avec des boissons diverses, vins, bières, whisky, hommes, femmes, jeunes et vieux. De l’autre côté, c’est le stade avec la scène, le public sur la pelouse, les VIP sur les gradins et Chineses Man sur scène. Ça se la donne. Il y a du monde. Le Boulevard a maintenant dix ans et ca n’a pas toujours été facile. On est contents d’être ici.
Organiser des concerts de métal dans un pays qui se réclame de l’Islam et dont le roi est censé être gardien de la foi, ce n’est pas chose aisée mes amis. Des personnes sont allées en prisons sous l’accusation de satanisme, les barbus ont foutu la pression mais les gens du Boulevard n’ont jamais lâché l’affaire. Momo raconte des tonnes d’anecdotes sur leur histoire commune, les gardes à vue, le harcèlement policier et tout ce qui va avec sans jamais se départir de son sourire. Le prix de la liberté est plus qu’élevé dans certains coins du globe mais ceux qui en connaissent la saveur ne cesseront jamais de combattre toutes sorte de restrictions. Les organisateurs du Boulevard sont de ceux-là. Que les barbus l’acceptent ou non, le groupe Sepultura clôturera le festival.
J’aurai vraiment beaucoup de chose à dire sur ce voyage à Casa, mais je ne vais pas me lancer dans un essai sur avoir vingt ans dans un pays musulman au vingt et unième siècle et être fan de groupes qui sont considérés comme des pestiférés dans le pays où on vit. Le plus important pour moi, c’est de voir que les marocains que j’ai rencontrés sont épris de liberté et ont envie de vivre une vie qui ne soit pas conditionnée par la religion. Dans le même temps cela ne les empêche pas d’avoir du respect pour leur pays, la religion des ancêtres même s’ils n’en suivent plus trop les préceptes et de tenir en estime la tradition de leur terre natale.
La soirée tire à sa fin et comme nous n’avons pas encore mangé, Youssef et Hamza nous propose à Serge et à votre serviteur de bouger du stade pour aller dans un endroit ou on pourrait se poser, manger et peut-être écouter un groupe jouer live. On n’a qu’un seul choix, c’est suivre. On s’entasse dans la voiture de Hamza qui doit d’abord aller chercher sa copine en chemin. L’endroit ou nous atterrissons ressemble du dehors à une maison normale des quartiers résidentiels de Casa la blanche, une fois la porte franchie c’est une autre histoire. On n’oublie qu’on est au Maroc. Des jeunes sont attablés dans la cour sous une tonnelle en train de boire de la bière à coup de pintes ou divers autres alcools que je croyais naïvement totalement prohibés ici.
A l’intérieur, sur scène, un trio se charge de l’ambiance, mené par le patron du bar lui-même, guitare en bandoulière. Il est accompagné d’un bassiste et d’un batteur. Ils font des reprises de morceaux rock ou même pop rock. Tout ça est cool, les gens sont plutôt tranquilles, ça roule des joints mais discrètement, ça roucoule et ça flirte un peu dans les coins mais toujours discrètement. Je mange une bonne pizza à la viande hachée arrosée d’une bonne bière. Certaines personnes de l’orga du festival nous ont rejoints. Mais l’ambiance ne va pas tarder à s’alourdir. Et pour cause, Youssef reconnaissant un morceau qu’il aime bien, disparait dans la salle pour rejoindre les zicos sur scène. J’entends sa voix sur une mesure puis plus rien, la mesure d’après la musique s’arrête pour reprendre au bout de deux minutes.
Youssef sort de la salle et je l’entends maugréer «I am gonna kill da motherfucker, I’m gonna kill him ». il est tout remonté le Youssef. Apparemment, il est monté sur scène pour chanter et le patron n’a pas du tout apprécié qu’il ne lui ait pas demandé la permission et l’a tout simplement viré de l’estrade et ça, Youssef ne digère pas. Alors, il veut lui faire sa fête. «You know, I just wanted to sing the song and this motherfucker says I get to ask him first». IL est super remonté Youssef, et tout le monde s’emploie à le calmer. Je me demande jusqu’où ça peut aller... Mais ça se calme et on repart de là sans qu’il y ait mort d’homme. Hamza nous dépose devant chez Youssef.
On passe une partie de la nuit à écouter du hip-hop ricain, ce que Youssef aime le plus. Le lendemain, on a la matinée pour nous. Après-midi, montage et Balances. Je dois avouer que je suis excité, curieux de voir quelle sera la réaction du public à notre show. Je dois dire aussi que je suis pressé leur faire chanter dans leur langue le nom du PH. Ça fait longtemps qu’on se demande ce que ça pourrait faire d’entendre la foule hurler «Chaib l’haschich» qui est la traduction la plus proche qu’on ait trouvé de «Le Peuple de l'Herbe».
Tout se passe bien, l’accueil est plus que chaleureux, les pogos sur la pelouse du stade nous le confirment d’entrée de jeu, les gens ne sont pas déplacés pour rien. « Salam alekoum Casablanca » et c’est parti. Une bagarre va même éclater entre les pogoteurs fous de la pelouse, rapidement maitrisée par les forces de sécurité abondamment présentes sur le site. On ne laisse pas des meutes de soi-disant satanistes livrés à eux-mêmes sans encadrement musclé... Le public est venu nombreux et il y a de tout. Des djeuns, des plus agés, des mômes, tous réunis par l’amour du son et des nouvelles découvertes.
Casa aime le rock et le prouve. Je me demande ce que ça va être demain avec Sepultura. En attendant, c’est Nzeng et moi qui déclenchons une mini émeute en descendant dans la fosse sur « Get stronger ». la sécu s’affole et nous voilà entourée d’une ceinture de protection d’au moins une dizaine de mecs qui se sentent obligés de faire leur travail de protection. On s’est bien marré. Bon accueil, bon concert, bon public...tout le monde est chaud, tout le monde est content. Malgré l’insistance de l’ami Amine « chantre de la mode alternative marocaine », je laisse les autres aller à l’after qui se passe à quelques encablures du stade pour retourner à l’hôtel où ma chambre est finalement prête depuis ce matin.
Le quartier de l’hôtel est vraiment sympa.
Sur la petite place, il y a un club de Karaté Kyokushinkai, je suis passé voir entrainement que l’on m’a gentiment permis de suivre. Le prof a la cinquantaine, il est grisonnant mais on voit qu’il connait son affaire à la façon dont il fait suer ses élèves dans ce qui est juste un échauffement. Dans l’après-midi, j’ai rendez-vous avec Flow un rapper de casa que Amine m’a présenté la veille. Il m’a promis une balade en mobylette dans Casa, tout ce que j’aime découvrir une ville avec un enfant du pays et qui plus est en brêle.

Flow a la vingtaine, cool comme la plupart des jeunes que j’ai croisés. Il fait un duo de MCs avec un pote du nom de Flip. Pour le moment ils sont en train de bosser sur un album avec un Dj espagnol qui leur concocte des bons beats électros qui sonnent bien. Les Mcs sont secs, précis, ne manquent ni de feeling ni d’humour au vu de ce que j’écoute et que Flow me traduit. J’espère que leur projet verra vraiment le jour.
Le Maroc compte de très bons groupes à l’instar de Haoussa, un des fers de lance de cette nouvelle scène. Je les avais déjà vus à Garorock et c’est un plaisir de les revoir sur leurs terres et de voir l’impact que leurs musiques et paroles peuvent avoir ici. Ils font une fusion de ska, de punk rock, avec un zeste de hip sans aller jusqu’au hop, le tout saupoudré de rock and roll attitude et super cool avec tout ça. Un groupe à voir avec un album à sortir bientôt. Pour la soirée Sepultura, les groupes de métal qui ont fait l’ouverture n’ont aucunement à souffrir la comparaison avec certains groupes européens. Et a voir le nombre de corne du diable dressées tout le long de la soirée, je me dis que les islamistes ne sont pas prêts de gagner le combat contre la liberté et la modernité et c’est tant mieux.
Grande ballade dans casa avec mon pote Flow, petite pose au bord de l’océan en face de l’immense mosquée de Mohamed II qui dit-on a le plus grand minaret du monde (200m),
une autre visite du souk,
dégustation de beignets, achats de petits souvenirs etc... Flow est d’agréable compagnie. Nous revenons à l’hôtel où nous prenons l’apéro avec le reste du PH.
Demain nous retournons chez nous. Casa c’était vraiment bien. Merci aux Organisateurs et à tous les potes qu’on s’est faits la-bas. Longue vie à L’ Boulevard.
La semaine prochaine, je vous conterai nos aventures en terre grecque non sans pour autant vous faire un récapitulatif des dates françaises que je ne vous ai pas racontées.
Salam